Kaosfantasy. Cycle de Dashvara, Tome 3: L’Oiseau Éternel

25 Youk

Les Honyrs décidèrent de passer et d’entrer dans Lamasta, détail qui n’inquiétait pas beaucoup Dashvara, car il était arrivé à la conclusion que, tôt ou tard, il n’aurait pas d’autre option que d’accepter l’accord de Todakwa s’il ne voulait pas que les Xalyas soient rayés de la carte et, en ces circonstances, il n’allait jamais accepter que les Honyrs jurent loyauté à un damné vassal d’une maudite charogne.

Ils arrivèrent à Lamasta sans qu’il se rende presque compte du trajet. Son esprit bouillonnait. Et le parchemin dans son poing droit lui pesait comme une enclume. Il retint l’envie de le réduire en miettes, mit pied à terre devant le refuge et laissa un garçon guider Soleil-Levant jusqu’à l’enclos. Les Xalyas l’entourèrent et saluèrent avec des sourires de bienvenue Shokr Is Set, Yira et les Honyrs nouvellement arrivés. Le capitaine Zorvun s’arrêta devant Dashvara et, voyant que celui-ci hésitait, il arqua un sourcil et observa :

— « La réunion a été courte. Et, à te voir, quelque chose me dit que tout ne s’est pas bien passé. »

— « Ils vont lancer l’attaque ? », demanda Shurta.

Dashvara grimaça et fit non de la tête.

— « Non. Penses-tu. Todakwa s’avère être un diable raisonnable. Hum… Il est temps d’aller discuter avec Zéfrek et Lifdor de cette… affaire. Nous avons deux jours pour y réfléchir. »

— « Réfléchir à quoi ? », demanda Zorvun avec prudence.

Dashvara le regarda dans les yeux et toussota.

— « Tu te rappelles ce que tu m’as dit à Titiaka sur le pragmatisme et la fierté ? Eh bien… Je crois qu’il nous convient de considérer la proposition de Todakwa », affirma-t-il et il brandit un instant le parchemin en ajoutant : « Pendant que je lis ça aux Shalussis, veuillez accueillir et installer les Honyrs le mieux possible. Leur venue fait honneur à leur peuple et honore le nôtre. »

Il inclina la tête et s’éloigna vers le quartier général. Plusieurs frères, morts de curiosité, le suivirent.

— « De quelle diable de proposition tu parles ? », demanda Sashava, haletant avec ses béquilles car ils avançaient à vive allure.

Dashvara raccourcit ses pas et expliqua sommairement :

— « Le serpent veut un serment de vassalité. »

Plus d’un resta bouche bée. Zorvun souffla, incrédule. Les Xalyas tout juste arrivés n’avaient pas encore été informés et ils se montrèrent alors aussi stupéfaits que les autres. Aligra affichait un air lugubre digne d’un conte de terreur —le Liadirlá savait pourquoi elle n’était pas restée avec les autres femmes xalyas en territoire honyr. Zamoy fut le premier à réagir :

— « Ah le maudit diable ! »

Le Chauve suffoquait d’indignation et n’en dit pas plus. La stupéfaction les laissait tous sans voix. Ils arrivaient déjà au quartier général quand Lumon demanda :

— « En quoi consiste cette vassalité exactement ? »

Dashvara secoua la tête.

— « Je ne sais pas. Le parchemin l’explique en détail. J’ai décidé de ne pas refuser avec précipitation. C’est une idée de Kuriag. Ça a plu à Todakwa, c’est tout… Je suis sûr qu’il a dû imposer ses propres conditions de toute façon. »

Cette fois-ci, en arrivant au quartier général, ils ne furent pas repoussés et Dashvara passa à l’intérieur avec le capitaine, Yira, Yodara, Lumon et Sashava. Tous les dirigeants shalussis étaient présents, de provenance variée et nombreux. Une vingtaine de guerriers vétérans étaient déjà là vociférant dans un brouhaha tonitruant. Dashvara s’arrêta, les observa patiemment et, petit à petit, le tumulte se calma et les regards se tournèrent vers lui. Quand un silence relatif se fut installé, il déplia le parchemin en prononçant :

— « Todakwa nous a suggéré de considérer sa proposition. Si vous êtes d’accord, je vous lirai à voix haute les conditions, puis nous les commenterons séparément si vous le jugez plus approprié. »

Zéfrek intervint :

— « Je crois que, dans ce cas, il convient aux deux clans d’avoir une discussion commune. »

Les chefs de tribus acquiescèrent l’un après l’autre avec plus ou moins d’entrain et Dashvara commença à lire. Le début était une tirade de présentation de l’accord, avec des mots techniques que ne durent pas comprendre la moitié des Shalussis présents, soupçonna Dashvara. Même lui ne comprenait pas toutes ces phrases compliquées… Ce texte devait venir de l’esprit d’un spécialiste des lois… et il doutait que ce soit de Kuriag Dikaksunora. De son cousin le diplomate, alors, peut-être ? Qui sait. En tout cas, la série de conditions commença sans surprises : Todakwa réclamait une loyauté absolue, le droit d’enrôlement en cas de guerre, la liberté de circulation essiméenne dans les territoires de chaque clan, il prescrivait certaines interdictions et se réservait le droit d’imposer plus de règles de caractère mineur relatives à la chasse, au bétail et un long et cetera, sans possibilité de refus de la part des vassaux, même si ceux-ci pouvaient « faire appel ». Il imposait aussi de respecter la présence de prêtres-morts pour éduquer et rendre gloire à Skâra. Il déniait explicitement à Lifdor le droit de diriger le clan des Shalussis et exigeait qu’un unique chef représente les deux clans. En échange de tout cela, il s’engageait à venir en aide à ses vassaux quand ceux-ci en auraient besoin, à baisser les prix en fonction de leurs possibilités et à assurer le respect de leur culture et identité au sein de la nouvelle puissance steppienne…

— « La nouvelle puissance steppienne », cracha Sashava. « Je traînerais avec plaisir ce serpent essiméen à travers toute la steppe ! »

— « Mieux vaut pas. Son sang empoisonnerait la terre », grogna le capitaine avec une rage contenue.

Dashvara termina le paragraphe et acheva enfin le texte :

— « Les signataires suivants acceptent l’accord et s’engagent à le respecter durant les douze prochaines années. »

Zorvun arqua un sourcil.

— « Douze ans ? », répéta-t-il.

Dashvara haussa les épaules.

— « Je suppose que ça doit être pour que nous n’ayons pas l’idée de nous rebeller avant et que nous attendions sagement la fin du délai. »

— « Ce qui n’arrivera pas de toutes façons », croassa Lifdor. « Nous n’allons pas accepter une telle humiliation. »

Plusieurs appuyèrent son point de vue avec véhémence, mais d’autres ne semblaient pas du tout aussi décidés. Tout compte fait, ceci représentait une victoire par rapport à la servitude qu’ils avaient connue jusqu’alors. L’accord, somme toute, les séduisait visiblement.

Une fois de plus, les Xalyas eurent davantage un rôle de spectateurs que d’acteurs dans la conversation qui suivit la lecture du pacte. Les voix s’enflammèrent. Ceux qui argumentaient en faveur de la vassalité étaient traités de lâches et de traîtres et ceux-ci à leur tour traitaient d’insensés et de stupides ceux qui persistaient à affronter une armée croissante d’Essiméens qui proposait enfin de libérer leurs femmes et leurs enfants asservis et de les laisser relativement tranquilles.

— « Les Essiméens nous craignent ! », rugissait l’un à la barbe grisonnante et à la voix puissante. « S’ils ne nous attaquent pas, c’est parce qu’ils savent que leurs sortilèges ne peuvent rien contre un bon coup de sabre. Nous sommes des guerriers et, eux, de simples poules mouillées. Imposons notre propre pacte ! »

— « Nous pouvons ajouter des conditions », commenta Zéfrek en tambourinant sur la table.

— « Il n’y a pas de conditions qui vaillent », répliqua Lifdor. « Mon honneur m’interdit catégoriquement ne serait-ce que d’envisager de faire un pacte de vassalité avec cette vermine. »

Son assertion s’acheva dans un tonnerre de stentor, qui obtint de nombreux échos. Dashvara se frotta le front plissé par tant de bruit. Il essayait, en vain, de cueillir quelque commentaire constructif au milieu des voix chaotiques qui s’élevaient. Zorvun lui commenta à l’oreille :

— « Ça me rappelle quand nous fêtions les courses de chevaux en Xalya. »

Les lèvres de Dashvara se courbèrent. Mais son sourire se tordit quand il pensa que la fête qui se tenait maintenant menaçait de se terminer à coups de poing. Après avoir attendu quelques secondes de plus, Dashvara secoua la tête et déclara à ses frères :

— « Aujourd’hui, nous n’arriverons à rien. Le soleil ne tardera pas à se coucher. Il vaudra mieux que nous rentrions au refuge et partagions le dîner avec les Honyrs. »

Zorvun approuva mais dit :

— « Je vais rester ici encore un moment. Je suis curieux de savoir ce que Zéfrek pense de tout ça. »

Dashvara haussa les épaules et, laissant là le capitaine, il se dirigea avec les autres vers la sortie après avoir lancé un rapide salut général auquel les chefs shalussis répondirent à peine.

Comme si on n’avait pas eu déjà assez de tintamarre le matin avec les disques explosifs… Il vaudra mieux que les Shalussis aillent dormir et que leurs rêves leur portent conseil avant qu’ils ne prennent une décision précipitée.

Dashvara se sentait encore plus inquiet que quelques heures plus tôt, pour la simple raison que la proposition de Todakwa menaçait de déchirer autant les Shalussis que les Xalyas, entre ceux qui se réjouissaient d’accepter un rayon de lumière en échange de chaînes et ceux qui souhaitaient conquérir leur liberté et mourir en menant à bout une vengeance honorable. Et, sincèrement, quelque chose en Dashvara, peut-être la fatigue, la sagesse, l’amour pour son peuple, ou qui sait quoi, le faisait pencher vers les premiers.

Nous serons toujours en mesure de nous rebeller si Todakwa ne respecte pas le pacte, pensait-il d’un côté.

Mais une autre petite voix se moquait de lui :

Tu n’as pas l’impression de te contenter de peu, Dash ? Tu ne cherches plus la liberté, ni vengeance, ni justice. Ton unique préoccupation est de sauver ton peuple de la mort et de l’esclavage complet et tu te sens même reconnaissant de l’intervention de Kuriag…

Il passa toute la soirée avec la tête embrouillée. Les Xalyas partagèrent avec joie leur peu de vivres avec les Voleurs de la Steppe et ceux-ci à leur tour partagèrent une sorte de gâteau au lait qui arracha des commentaires enthousiastes, bientôt étouffés pour ne pas déranger les Honyrs pendant qu’ils mangeaient dans leur silence rituel. Ils avaient déjà terminé de dîner depuis un moment quand une bande de cinq adolescents rentra bruyamment, entourant un Youk aux vêtements tout trempés et boueux. Se levant, la mère de Miflin souffla.

— « Oiseau Éternel, où étiez-vous ? Enlève cette chemise, Youk, elle est dégoûtante. Que diables t’est-il arrivé ? »

— « Ce maladroit s’est cassé la figure ! », se moqua un des compagnons.

Le garçon, lui, ne répondit pas et, à la stupéfaction de tous, il s’ouvrit un chemin au milieu de la bande à la vitesse de l’éclair et tenta de s’échapper. Il n’y parvint pas : le capitaine Zorvun, qui se tenait à l’entrée, bavardant avec Yodara, l’attrapa par le cou.

— « Eh ! Où vas-tu comme ça, gamin ? »

Alerté par le visage profondément altéré de Youk, Dashvara écarta ses méditations sur le pacte et suivit la scène avec curiosité. Face à la question du capitaine, l’enfant ne prononça pas un mot. Zorvun fronça les sourcils et Lariya les rejoignit, manifestement agacée par le comportement du jeune Xalya, mais pas uniquement : en voyant deux des gamins qui avaient accompagné celui-ci rire sous cape, Dashvara se rembrunit, devinant ce qui s’était passé.

— « Allez », soupira Lariya. « Enlève cette chemise, je vais la laver. »

— « Non ! », répliqua Youk, s’agitant brusquement. Si Zorvun ne l’avait pas tenu d’une poigne ferme, il aurait foncé vers la sortie.

Devant l’incompréhensible refus, Lariya s’avança et le força à l’enlever. Youk ne résista pas, mais son visage s’empourpra violemment. Et tous comprirent bientôt pourquoi. Son torse était couvert de tatouages. Des tatouages de Skâra avec des motifs et des signes galkas clairement identifiables à leurs couleurs noires et bleues.

La surprise les saisit tous et Youk en profita. Les joues inondées de larmes et les yeux exorbités, il se libéra d’une secousse et sortit en courant du refuge. Les autres ne réagirent pas immédiatement, puis, finalement, des souffles et des commentaires s’élevèrent et, par-dessus ceux-ci, Orafe rugit :

— « Je maudis les Essiméens et je crache sur leurs morts ! »

Vu les regards complices qu’échangèrent les deux gamins qui avaient ri avant, Dashvara déduisit que ceux-ci connaissaient déjà le secret de Youk et qu’ils l’avaient tarabusté à cause de ça. Il garda en tête leurs visages et décida qu’il s’occuperait personnellement de leur donner une leçon qu’ils n’oublieraient pas de leurs vies.

On dirait que Todakwa m’a rendu des démons essiméens au lieu de Xalyas, marmonna-t-il, contrarié.

Makarva était sorti dans la nuit chercher le gamin. Au bout de quelques minutes, il revint, une expression inquiète sur le visage.

— « Je ne le trouve pas. Allez savoir où il est passé. »

Inquiets, d’autres se levaient pour partir à sa recherche quand on entendit soudain au-dehors un cri sonore, d’alarme ou de protestation, Dashvara ne sut le déterminer, mais le bruit de sabots qui s’ensuivit lui fit craindre le pire. Il arrivait à l’entrée quand la voix de stentor du capitaine déchira la nuit :

— « Reviens ici, inconscient ! »

Il s’adressait à Youk. Sauf que celui-ci s’éloignait déjà à cheval vers les ombres nocturnes et il ne dut l’entendre que de loin. Il ne l’écouta pas de toute façon : il continua de galoper. Dashvara siffla un juron et partit en courant vers l’enclos. Plus d’un eut la même idée en même temps et Dashvara freina avant d’ordonner :

— « Boron, Alta ! Vos chevaux sont les plus rapides. Ramenez le gamin. »

Quelques instants plus tard, le Placide et Alta galopaient vers la sortie de Lamasta, vers le nord. Vers le campement essiméen. Dashvara expira brusquement. Rien que de penser que Youk puisse imaginer qu’il serait plus en sécurité là-bas qu’avec son peuple, Dashvara se sentait horriblement mal. Surtout parce que ce n’était pas la faute de Youk mais des autres, et la sienne pour avoir méprisé Skâra et ses rites, pour avoir condamné les prêtres-morts et leurs pratiques, pour avoir dénigré tout ce qu’avaient appris les jeunes Xalyas ces trois dernières années entre les mains essiméennes. Certes, cette Divinité inspirait à Dashvara de la crainte et du mépris, tout simplement parce qu’elle était essiméenne et que ses adorateurs lui étaient hostiles… Le problème, c’était que les jeunes avaient senti ce mépris. De là que certains étaient prêts à montrer à leurs aînés que, pour eux, Skâra n’était rien, même si ce n’était pas vrai ; et de là que d’autres, la Divinité marquée au fer rouge dans leur esprit et même tatoués par les prêtres-morts, mouraient de honte en silence. Et, comme le grand seigneur de la steppe aveugle et stupide qu’il était, Dashvara n’avait rien vu.

Brillant, Dash. Tu n’as rien à envier au roi des aveugles. Figure-toi que ces gens sont avant tout humains comme toi. Ils sont unis grâce à la tolérance et la confiance qui règnent entre nous. Et, en cela, tu as failli à Youk. Nous avons totalement failli à tous nos jeunes.

Il frotta son front avec fatigue et les paroles de Todakwa revinrent résonner dans sa tête : “tu as parmi tes gens des jeunes qui pensent en galka, prient en galka et rêvent en galka…” Vrai. C’était vrai. Leurs prêtres-morts étaient parvenus à quelque chose d’impensable. Quelque chose qui aurait fait se retourner son seigneur père dans sa tombe.

Bouah. À ce stade, le seigneur Vifkan serait déjà mort d’horreur après tout ce qui s’est passé.

Il sentit une main prendre silencieusement la sienne et il répondit avec douceur, tournant les yeux vers ceux de sa naâsga.

— « À quoi penses-tu ? », lui demanda celle-ci, curieuse.

Dashvara jeta un coup d’œil autour de lui. Ils étaient à mi-chemin entre le refuge et l’enclos des chevaux, et les Xalyas erraient et parlaient à voix basse, sondant l’obscurité et espérant le retour du garçon. Les Honyrs étaient presque tous restés à l’intérieur, s’apprêtant à dormir après une journée épuisante. Il n’avait pas encore eu l’occasion de parler réellement avec eux, hormis les formules de politesse habituelles. Ils devaient sans doute se demander s’ils n’étaient pas tombés dans une sorte de piège en entrant dans Lamasta défendre un peuple à moitié mort qui, somme toute, envisageait de trahir une des bases les plus essentielles de son Oiseau Éternel et de se soumettre à Todakwa. Il soupira.

— « À mille sortes de choses », admit-il enfin. « Todakwa. Les Shalussis. Les Honyrs. Mon peuple. Et ma stupidité… Comme disait Maloven, qui veut tout embrasser finit par ne saisir que du vide. »

Yira émit un léger souffle amusé.

— « Tu essaies d’embrasser ta stupidité ? », se moqua-t-elle.

Dashvara sourit et argumenta :

— « Pour y remédier, il faut d’abord la comprendre. »

Il prit sa naâsga par la taille et scruta avec elle l’obscurité. Sur la colline du village, on voyait une ligne entière de torches allumées et on devinait de temps à autre la silhouette d’une sentinelle shalussi. Que Boron et Alta mettent si longtemps commençait à l’inquiéter sérieusement.

— « Dash », dit soudain Yira, rompant le silence relatif de la nuit. « Dis-moi… que penses-tu de ce pacte ? »

Dashvara grimaça.

— « Je ne sais pas », avoua-t-il. « Parfois, cela me semble la bonne voie, d’autres fois une folie… Sincèrement, je ne sais pas. Je me méfie de Todakwa, naturellement. »

Il perçut l’assentiment de Yira.

— « Peut-être que Todakwa ne fait pas ça uniquement pour contenter Kuriag Dikaksunora », médita-t-elle.

Dashvara arqua un sourcil et la regarda avec surprise.

— « Que veux-tu dire ? »

— « Mm… Eh bien. Si j’étais Todakwa, ceux qui devraient tout de suite m’inquiéter le plus, ce seraient les Fédérés. Ils vont envoyer des soldats dans la steppe et, crois-moi, quand le Conseil de Titiaka envoie des soldats, il ne les rembarque pas de si tôt. En faisant des Xalyas et des Shalussis des vassaux, Todakwa s’assure que non seulement vous n’affaiblirez pas son propre clan mais que vous l’aiderez en cas de… », elle haussa les épaules, « potentielles invasions indésirables. »

Dashvara resta à la regarder, stupéfait. Finalement, il souffla.

— « Fichtre. » Il sourit largement. « Tu es la digne fille d’Atasiag Peykat, naâsga. Tu es douée pour ce genre de choses. »

La lumière d’une torche illumina les yeux amusés de Yira.

— « Pas autant que mon père », assura-t-elle. « Mais, à force de l’écouter, j’ai retenu quelques leçons. »

Dashvara esquissa un sourire, se réjouissant de nouveau de l’avoir à ses côtés malgré la situation. Il méditait ses paroles quand Miflin annonça de loin :

— « Ils reviennent ! »

On entendait les sabots des chevaux approcher. Anxieux, Dashvara sonda l’obscurité et, quand, enfin, il vit les cavaliers, il ressentit un frisson qui n’avait rien à voir avec le froid de la nuit. Oui, Alta et Boron revenaient… mais sans Youk.