Kaosfantasy. Cycle de Dashvara, Tome 3: L’Oiseau Éternel

5 La grotte mystérieuse

— « Yira ! », s’écria Dashvara, atterré. Avant qu’elle ne s’effondre sur le sol, il la prit dans ses bras, paniqué. Les yeux de la petite sursha étaient fermés.

Atasiag s’accroupit près de lui, le visage assombri.

— « Elle a abusé de ses énergies. Ne lui enlève pas le voile, idiot. »

— « Je ne le lui ai pas enlevé. Que veux-tu dire par “abusé de ses énergies” ? »

— « Elle utilisait des sortilèges pour dissimuler à Asmoan qu’elle… Enfin, tu me comprends. Je lui ai dit que c’était peu probable qu’il s’aperçoive de quoi que ce soit, mais… Enfin, elle s’est épuisée, c’est tout. Un jour, elle me fera mourir de peur. Continuons à avancer. »

Tremblant quelque peu, Dashvara souleva la sursha et suivit Atasiag et Shéroda dans les rues du Quartier du Dragon, impatient de revenir auprès de ses frères. Ce jour allait surpasser les plus troublants de sa vie. Il avait passé toute la matinée sur un bateau, à moitié malade, il s’était échiné à décharger des tonneaux avec des voleurs dedans, il s’était marié, il avait découvert que son maître était un démon et, maintenant, Yira s’évanouissait…

— « Et qu’arriverait-il s’il la découvrait ? », demanda-t-il soudain. « Somme toute, si, toi et lui, vous êtes… ce que je n’ai pas entendu, ça ne devrait pas trop l’effrayer de la voir. »

Ils entraient déjà dans la rue de Shéroda, près du canal. Atasiag s’arrêta et le regarda, le visage sombre.

— « Tu te trompes. Je ne suis pas comme mes congénères. En général, nous sommes de fervents détracteurs de… cette énergie », murmura-t-il, indiquant Yira. « S’ils la découvraient… je préfère ne pas penser à ce qui arriverait. Continuons. »

Il lui tourna le dos et Dashvara le contempla, les yeux écarquillés.

— « Oh… diables », jura-t-il. Et il reprit la marche.

Ils arrivèrent devant le portail, Shéroda ouvrit et Atasiag leva une main pour demander à Dashvara d’attendre dehors. Celui-ci grogna et s’assit sur le seuil sans lâcher Yira. Allez savoir ce que ce démon tramait maintenant. Il mit une éternité à rouvrir la porte et, quand il le fit, il était vêtu d’habits républicains sombres et portait un foulard noir ajusté autour de la tête.

— « Donne-la-moi. Je vais l’emmener dans une chambre et Shéroda prendra soin d’elle. Ne t’inquiète pas, demain matin, elle sera remise sur pied », promit-il.

À contrecœur, Dashvara lui donna Yira et Atasiag disparut par une porte du couloir. Il réapparut rapidement, sortit et referma derrière lui.

— « Suis-moi. »

Dashvara fronça les sourcils mais le suivit.

— « Où va-t-on maintenant ? »

Atasiag ne répondit pas et l’appréhension commença à vibrer dans le cœur de Dashvara. Il se rappelait très nettement les paroles d’Asmoan. “Je n’enverrai personne le tuer”. Il l’avait dit avec une telle tranquillité… Mais c’était absurde de penser qu’Atasiag puisse vouloir le tuer à cause de ce qu’il avait entendu : tout compte fait, il savait aussi que Shéroda était une shixane et il avait considéré comme certain que Dashvara n’en parlerait pas. Et, bien évidemment, Dashvara avait gardé le secret. En plus, il était armé de deux sabres tandis qu’Atasiag ne devait avoir guère plus qu’une dague dissimulée. Bien sûr, si c’étaient des magiciens, peut-être avait-il d’autres techniques pour se défendre…

Franchement, Dash, arrête de penser des absurdités. Tu connais Atasiag. Qu’il soit ou non un démon, tu sais qu’il ne serait pas capable de te tuer.

Alors qu’ils entraient dans une ruelle complètement déserte, Dashvara commença à se préoccuper. Il rompit le silence.

— « Bon sang, Éminence. Vas-tu enfin me dire où on va ? »

Atasiag tourna légèrement la tête et haussa les épaules.

— « Je veux te montrer quelque chose. »

Dashvara s’arrêta, nerveux.

— « Très bien. Mais dis-moi avant ce que tu veux me montrer. »

Atasiag se retourna dans l’étroite rue. Le peu qu’il pouvait voir de son visage était plongé dans les ombres.

— « Tu as peur. »

Sa voix semblait déçue. Dashvara grimaça.

— « Non. J’ai seulement des doutes. C’est un peu naturel. »

— « Ça ne l’est pas. Je suis ton maître : tu devrais avoir confiance en moi », rétorqua Atasiag. Dashvara réprima difficilement un rire sarcastique. Après un silence, le Titiaka ajouta : « Et tout de suite, tu n’as pas confiance en moi. Tu me surprends, Philosophe. »

Dashvara rit entre ses dents.

— « Toi, tu m’as surpris davantage cette nuit, Éminence. Si je doute, c’est simplement parce que je n’ai aucune idée de ce que c’est que d’être un… tu sais quoi. Peut-être que ce qu’on m’a appris sur ces créatures dans la steppe n’était que des mensonges, mais le mot en soi n’est pas très flatteur en tout cas. »

Il sentit Atasiag approcher et il recula d’un pas. Le Titiaka s’arrêta.

— « C’est ridicule, Philosophe. Je suis toujours le même. Tu veux voir ce que je suis réellement ? Eh bien, soit. Approche-toi. Je vais te montrer. Ce n’est rien d’extraordinaire. Les changements physiques sont minimes. Approche-toi », ordonna-t-il.

Dashvara inspira profondément, il ravala ses appréhensions et s’approcha. Atasiag alluma très légèrement sa lanterne et Dashvara put soudain voir ses yeux rouges comme le sang et ses pupilles noires réduites à des fentes. D’une main, le démon écarta le foulard noir de sa figure et des marques plus sombres que la nuit apparurent, nettes sur son visage d’humain.

— « Satisfait ? », lança-t-il.

Dashvara vit ses dents affilées, mais il ne recula pas. Le ton d’Atasiag trahissait une claire irritation. Et il y avait aussi une pointe d’attente et de peur. Et comment n’allait-il pas avoir peur : ce qu’il venait de montrer à Dashvara l’aurait probablement condamné à mort dans une ville saïjit. Il doutait qu’à Dazbon, on admette bien les monstres qui se transformaient de la sorte. Même si, selon lui, les changements étaient « minimes », l’aspect de son maître était assez terrifiant. Mais habitué comme tu l’es à voir des choses étranges, Dash, tu ne devrais pas t’effrayer. Il déglutit.

— « Satisfait », murmura-t-il. « Pardon, Éminence. »

Atasiag arqua un sourcil. Ses marques disparurent et ses yeux, rivés sur ceux de Dashvara, redevinrent châtain foncé. Il éteignit la lanterne de voleurs.

— « Alors, tu as confiance en moi ? »

Dashvara acquiesça sans hésiter.

— « Oui. »

— « Bien », soupira Atasiag. Il avait l’air soulagé.

— « Bon… que voulais-tu me montrer ? »

— « Ne sois pas impatient. » Dashvara perçut un clair changement de ton dans sa voix : celle-ci était redevenue plus joyeuse et légère. « Suis-moi et tu verras. »

Il le suivit sans pouvoir éviter de se poser une question inquiétante : qu’aurait fait Atasiag s’il était parti en courant ou s’il avait dégainé les sabres ? Il se rappelait bien qu’en voyant la shixane transformée, son premier réflexe avait été de chercher ses armes. Ensuite, il avait tenté de fuir, mais l’envoûtement de la shixane l’en avait empêché… Peut-être qu’Atasiag avait des pouvoirs semblables et qu’il ne les utilisait qu’en cas d’extrême besoin. Qui sait ? Sincèrement, Dashvara préférait ne jamais devoir le vérifier.

Il écarta ses élucubrations alors qu’Atasiag s’arrêtait près d’un mur, presque au bout de l’impasse. Il le vit se baisser et tirer quelque chose mais, dans l’obscurité, il fut incapable de deviner quoi.

— « Entre », murmura le voleur.

Dashvara se pencha près de lui et découvrit qu’il se trouvait maintenant devant une sorte de petit tunnel ouvert. Il en émanait une odeur peu recommandable. Mais Dashvara y pénétra malgré tout à quatre pattes, descendant une rampe. Il se retrouva dans l’obscurité la plus complète. Avec un certain soulagement, il sentit qu’Atasiag le suivait. Le Titiaka ferma la porte avant d’allumer la lanterne de voleurs et d’éclairer faiblement le tunnel. Celui-ci était étroit mais, au bout de quelques pas, le plafond s’élevait, leur permettant de se tenir debout. Ils parvinrent à un croisement et Dashvara s’arrêta, interrogateur.

— « Par là », chuchota Atasiag.

Il passa devant, choisissant un tunnel qui se rétrécissait et il se baissa de nouveau. Dashvara rampa derrière lui, de plus en plus perplexe. Où diables le guidait ce serpent ?

Au bout d’un long moment, il commença à entendre un bruit régulier qui lui fit froncer les sourcils. Ils arrivèrent devant de vieux escaliers de bois qui montaient. Ils étaient pleins de poussière. Une fois en haut, ils se trouvèrent face à une petite porte. Atasiag passa une main sur la serrure et sembla se concentrer avant de la pousser.

Ce qu’il découvrit laissa Dashvara encore plus déconcerté. Ils étaient de nouveau dehors, dans… une grotte ? Cette rumeur forte était l’océan, comprit-il. Atasiag ferma la porte derrière eux, intensifia la lumière de sa lanterne et déclara avec un large sourire :

— « C’est la Grotte du Chant Noir. Nous sommes sur les Falaises des Os. »

Un écho solennel retentit dans la grotte. Dashvara se racla silencieusement la gorge.

— « Et ? », demanda-t-il.

— « Cette grotte m’a sauvé la vie plus d’une fois », admit Atasiag. Il lui fit signe de le suivre. « Fais attention. Il y a des méduses de roche qui vivent par ici. Si tu marches dessus, elles sont glissantes et, en plus, elles s’accrochent aux pieds. »

— « Fantastique », répliqua Dashvara tout en le suivant avec grande précaution. « Dis-moi, Éminence, tu ne m’as pas amené ici simplement pour voir une maudite grotte avec des méduses, n’est-ce pas ? »

— « Et si c’était le cas ? » Il se tourna et sourit en voyant la tête sinistre de Dashvara. « En fait, je t’ai amené ici pour te donner quelque chose qui va t’intéresser. »

Dashvara souffla. Comme ils avançaient entre des stalagmites de roche, il remarqua que celles-ci étaient incrustées de nombreuses petites pierres qui émettaient une lumière douce. Il se surprit à les contempler, fasciné.

— « Est-ce que Yira connaît cet endroit ? –demanda-t-il. »

Atasiag fit non de la tête.

— « Non. Cette grotte, je l’utilisais davantage avant. Cela fait bien cinq ans que je n’entrais pas ici. J’espère que rien n’a changé. » Il fit quelques pas et s’inclina au-dessus une stalagmite brisée. Au grand étonnement de Dashvara, il introduisit la main dans un trou situé au centre et en retira un objet. Une bouteille. Dashvara s’esclaffa.

— « Cette nuit, tu n’arrêtes pas de me surprendre, Éminence. D’abord ton élan cilien, ensuite ta bourde et maintenant la bouteille… Franchement, tu m’épates. »

— « Prends-la et arrête de parler. »

Dashvara la prit. Le verre était glacé. Il accepta aussi la lanterne et éclaira Atasiag pendant que celui-ci continuait de s’affairer, fouillant le trou de la stalagmite. Il sortit une petite boîte et la mit dans sa poche. Puis il s’éloigna jusqu’à une autre stalagmite et se baissa près d’une cavité de la paroi pour y saisir quelque chose qui avait tout l’air d’être en bois.

— « Aide-moi à sortir ça, Philosophe », pantela-t-il.

Dashvara posa la bouteille et la lanterne par terre et batailla avec lui, de plus en plus curieux. Ils firent un terrible vacarme dans toute la grotte. Quand ils retirèrent enfin le coffre, il siffla entre ses dents.

— « Ne me dis pas que tu as mis ça ici tout seul ? »

— « Lisag m’a aidé. Mon fils cadet », expliqua-t-il.

Dashvara étudia son visage avec étonnement tandis qu’Atasiag passait une main sur son front trempé de sueur. Il hésita avant d’observer :

— « Tu ne parles jamais de tes fils. »

Atasiag leva brusquement la tête et Dashvara s’empourpra en se rendant compte qu’il s’immisçait dans ce qui ne le regardait pas. Il indiqua le coffre et il allait demander s’il contenait par hasard quelque cadavre d’écaille-néfande quand, d’un coup, la lumière de la lanterne s’éteignit. Atasiag siffla.

— « Où diables as-tu laissé la lanterne ? »

— « Par terre. Elle doit être par là… »

— « Une lanterne de voleurs ne s’éteint jamais aussi vite toute seule. Tu t’es assis dessus ? »

— « Non », murmura Dashvara. « Bon sang, je ne la trouve pas. » Il se tendit. « J’entends des bruits. »

De fait, on entendait des claquements étranges et des sifflements non loin. Atasiag grogna.

— « Ça, ce ne sont pas des méduses. »

Il l’entendit se lever et Dashvara écarquilla les yeux dans l’obscurité. La lumière des petites pierres n’éclairait pas suffisamment pour parvenir à voir quelque chose au-delà des stalagmites elles-mêmes.

— « Eh, Éminence, fais attention », croassa-t-il. « Tu pourrais te cogner… » Il entendit un son diffus mais aigu qui ne lui dit rien de bon. « C’était quoi, ça ? »

Il se leva tout doucement, levant les mains pour éviter de heurter la roche de la paroi. Puis il dégaina un sabre. Il entendit les pas précipités d’Atasiag. Comment diables faisait-il pour courir dans cette obscurité ?

— « Philosophe. Aide-moi à transporter le coffre. On s’en va. »

— « Qu’est-ce que c’est ? », s’enquit Dashvara tout en rengainant le sabre.

— « Des kraokdals. Quelque chose a dû les pousser à monter jusqu’aux tunnels inférieurs. Normalement, ils vivent dans les Souterrains. Ils doivent s’être installés depuis peu. Par la Sérénité, bouge-toi. Tu ne voudrais pas les croiser, crois-moi. »

— « Et la lanterne ? »

— « C’est une méduse de roche qui l’avait prise. Ce sont de maudites voleuses », marmonna-t-il et il souffla sous l’effort quand ils soulevèrent le coffre.

— « Si tu as… la… lanterne », haleta Dashvara, « pourquoi tu ne l’allumes pas ? »

Il y eut un silence, puis Atasiag dit alors :

— « Très juste. De toute façon, les kraokdals sont aveugles, alors je ne crois pas que ça les attire. Je vais poser le coffre un instant. »

Ils reposèrent le coffre et, bientôt, la lumière de la lanterne éclaira de nouveau la grotte. En une seconde, Dashvara observa trois détails : premièrement, qu’Atasiag s’était retransformé en démon ; deuxièmement, que plusieurs masses difformes d’un vert brillant glissaient sur le sol rocheux ; et, finalement, qu’une grande créature semi-bipède et verdâtre venait d’apparaître dans un tunnel à une vingtaine de pas. Le grognement qu’elle émit ne l’épouvanta pas autant que ses énormes griffes et crocs.

L’instant suivant, Dashvara avait les sabres en mains.

— « Oublie le coffre, Éminence ! », grogna-t-il. « Allons-nous-en. »

Atasiag secoua la tête.

— « Alors, remettons-le dans le trou. Les méduses seraient capables de voler ce qu’il y a dedans. »

Un instant, Dashvara le dévisagea, les yeux ronds. Soudain, le kraokdal frappa la roche et se précipita vers eux. Ils étaient aveugles, disait-il. Ben voyons ! Dashvara s’écarta brusquement de la paroi. En voyant qu’Atasiag hésitait, il cria :

— « En arrière, maudit fou ! »

Sans réfléchir davantage, il revint auprès d’Atasiag et passa devant lui pour foncer sur la bête. Il évita de justesse un coup de griffes grâce à une petite stalagmite : celle-ci émit un fracas quand elle éclata en mille morceaux. Il ne manquait plus que la grotte s’effondre sur eux. Il était sur le point de recevoir une nouvelle attaque de la bête quand, à son grand étonnement, le kraokdal s’arrêta et tourna la tête vers Atasiag. Il n’avait pas d’yeux : uniquement une énorme gueule avec des dents et des poils. Et de ces griffes ! Dashvara profita de son hésitation et, sans plus attendre, il plongea les sabres dans la gorge du monstre. Il évita un autre coup de griffes et recula précipitamment alors que le kraokdal hurlait tout en s’étouffant et tentait de l’attaquer. Après des bramements étranglés, la bête s’écroula. Les méduses de roche s’écartèrent d’un coup pour ne pas finir écrasées. Provenant du tunnel d’où était sortie la créature, on entendit de nouveaux grognements.

— « Eh, Éminence ! », feula Dashvara, « cette fois, on s’en va pour de bon. »

Les yeux rouges d’Atasiag plongèrent dans les siens.

— « On a le temps. On va sortir le coffre d’ici. »

Dashvara siffla, contrarié, et il allait protester, mais Atasiag insista :

— « Allez, dépêche-toi ! »

Dashvara le maudit mentalement, mais il obéit : il rengaina les sabres, reprit une extrémité du coffre et tous deux commencèrent à avancer en chancelant dans la grotte. Les grognements s’intensifiaient et Dashvara craignait qu’à tout moment ils se retrouvent entourés par ces créatures. Dans ce cas, il pressentait que leur probabilité de sortir de là était maigre. Ce fou était franchement têtu avec sa caisse…

Ils atteignirent la porte et posèrent le coffre. Atasiag appliqua ses mains contre le battant de bois et Dashvara devina qu’il faisait un truc de magie. Et il n’aurait pas pu la laisser ouverte ? pensa-t-il. Brusquement, les kraokdals se mirent à hurler. Ils avaient dû entendre les cris de douleur de leur compagnon.

— « Vite », dit Atasiag, en tirant enfin la porte.

— « C’est inutile », bégaya Dashvara tout en soulevant de nouveau le coffre. Les kraokdals étaient déjà presque sur eux et, comme il leur tournait le dos pour porter la maudite caisse, il n’allait même pas pouvoir regarder la mort en face…

— « À terre ! », rugit soudain Atasiag.

Dashvara laissa tomber le coffre et roula sur le sol de roche. Une grande pierre s’écrasa contre le battant ouvert de la porte. Il ne manquait plus qu’ils leur lancent des projectiles ! Il tentait de sortir ses sabres quand une maudite méduse s’agrippa à sa poitrine et une autre à sa jambe. Sans réussir à s’en débarrasser, il se leva et, quand il vit un kraokdal se jeter sur lui, il dit adieu à la vie. Par un heureux hasard, la bête glissa sur une masse de méduses et s’étala de tout son long devant Dashvara. Celui-ci finit de dégainer un des sabres et lui asséna un coup mortel sur la tête avant de s’élancer vers la porte. Il rejoignit Atasiag au moment où une autre créature apparaissait entre les ombres de deux stalagmites, courant vers eux. Il n’en revint pas quand il vit le Titiaka, à genoux, sur le seuil, s’efforçant de tirer le coffre hors de la grotte.

Il est complètement fou…

Plusieurs méduses grimpaient sur ses jambes, mais il les ignora et laissa ses sabres sur le palier avant d’agripper la poignée pour joindre son effort à celui d’Atasiag. Il tira de toutes ses forces.

Et le coffre bougea enfin : il bascula et tomba dans les escaliers en faisant un bruit d’enfer. La lanterne s’éteignit, mais Dashvara s’empressa malgré tout de refermer la porte au nez du kraokdal. On entendit un coup terrible de l’autre côté de la porte. Le kraokdal allait l’abattre, se lamenta-t-il.

— « Oh, Liadirlá », grogna-t-il. Il ramassa ses sabres dans le noir : « Éminence, rallume la lanterne, tu veux bien ? » Il fronça les sourcils et tourna légèrement la tête. « Éminence ? »

Alors il comprit que Son Éminence était tombée dans les escaliers avec le coffre.